28- Les loisirs des dirigeants de la Russie

On dit souvent que les loisirs reflètent la véritable personnalité de l’individu, et permettent de mieux le connaître. Avec cette idée en tête, il m’a semblé intéressant de partir à la découverte de quelques dirigeants de la Russie en recherchant quelles étaient, ou sont encore, leurs occupations favorites. Voici une façon détournée de les rencontrer sous un angle parfois méconnu … Une exploration historique qui ne manque pas de surprise !


Iaroslav-le-Sage (978-1054)

Prince de Kiev, pacifique et non enclin à la guerre, Iaroslav-le-Sage était très érudit. Il parlait plusieurs langues et nourrissait une véritable passion pour les livres. Rapportés des capitales occidentales ou de Byzances, ces manuscrits étaient recopiés et gardés précieusement au sein de son immense bibliothèque, première digne de ce nom et créée en 1037. Son niveau élevé d’instruction lui valut le qualificatif de Sage et le plaça au rang des grands princes de Russie, premier bibliophile !

Bibliothèque de Iaroslav-le-Sage , par Olga Gatchinskaïa (2007)

Ivan-le-Terrible (1530-1584)

Ivan IV, dit le Terrible, était passionné d’astronomie. Il collectionnait les cartes du ciel, et passait beaucoup de temps à reproduire également lui-même les planètes et les étoiles.

Il avait aussi une passion pour le jeu d’échecs. On raconte qu’il était doué et avait du mal à trouver des adversaires à sa hauteur ! Ses deux partenaires de jeu préférés étaient Boris Godounov et le Prince Ivan Glinski. La légende veut qu’il soit même mort dans son fauteuil, devant son échiquier…

La mort d’Ivan-le-Terrible après une partie d’échecs, par Adolf Russ (1844)

Pierre-le-Grand (1672-1725)

Pierre Ier, plus connu sous le nom de Pierre-le-Grand, fils du tsar Alexeï Ier, devint tsar de Russie en 1682, à l’âge de dix ans, et reçut le titre d’empereur de toutes les Russies en 1721. Fondateur de Saint-Petersbourg en 1703, il transforma son pays en profondeur, le tournant résolument vers l’Europe.

De nature extrêmement curieux, et toujours désireux d’apprendre, Pierre-le-Grand s’intéressait à des domaines très différents comme l’horlogerie, le dessin, le travail du bois, la maçonnerie, la botanique, l’anatomie, la chirurgie, la dentisterie ou la numismatique. Mais il se passionnait également pour l’art de la guerre et la navigation, et ce, depuis son plus jeune âge.

Enfant, il passait des heures à jouer dans sa chambre avec des petits soldats de bois.

Les petits soldats de bois de Pierre-le-Grand

Contraint et forcé par sa demi-sœur Sophia Miloslavskaïa, qui s’empare violemment de la régence et l’écarte du pouvoir, le jeune tsar Pierre se retrouve exilé avec sa mère Natalia Narychkina, à l’écart de Moscou, dans le village de Preobrajenskoié. Il y passe son enfance et sa jeunesse, finalement heureux car très libre.

Le précepteur Zotov et Pierre, par K. Lebedev (1903)

Son précepteur Zotov s’avérant très médiocre, Pierre préfère apprendre par lui-même et passer du temps à l’extérieur. C’est ainsi qu’il se lie d’amitié avec les enfants du village, et passe de son armée de soldats de bois à une véritable armée de jeunes garçons puis de jeunes gens, surnommée  « les bataillons de jeu » (потёшные войска). A 11 ans, il organise déjà de vraies batailles, utilisant la campagne environnante avec ses buissons, ses prairies, et même sa rivière comme théâtre des opérations. On y installe une écurie, on y construit une forteresse avec un trésor à défendre, et même une prison. Les bataillons reçoivent des tambours, de vrais uniformes vert foncé, de véritables armes (avec des balles à blanc, quand même !), et défilent au pas militaire. Pierre reçoit le financement de sa demi-sœur Sophie, qui n’y voit qu’un bon moyen de l’occuper et de le tenir à l’écart du pouvoir. Elle ne s’en méfie pas.

Pierre Ier et ses « bataillons de jeu »,par A.D. Kivchenko

Il est intéressant de noter que Pierre, bien que déjà tsar, gravit tous les échelons de son armée en commençant comme simple soldat. De plus, en mélangeant très tôt les jeunes garçons sans se soucier de leurs origines nobles ou non, il fédère des individus qui lui seront toujours très dévoués. En peu de temps, il réussit à lever deux bataillons de 300 personnes chacun, qui reçoivent le nom de leur village respectif : Préobrajenskoié et Sémionovski. C’est au coeur de ces armées enfantines, puis professionnelles, qu’il créera des liens d’amitié solides avec des hommes éternellement fidèles à leur tsar. A partir d’un jeu d’enfance, Pierre a réussi à créer une véritable armée ! Sa passion pour l’art de la guerre ne le quittera jamais et les nombreux conflits, avec la Suède et la Turquie notamment, marqueront son règne.

Pierre-le-Grand était aussi passionné par les bateaux et la navigation. Enfant, il naviguait sur les rivières et lacs de la région, mais, en mars 1697, il décida de lui-même, de partir en Hollande, et d’y travailler incognito, comme simple ouvrier, dans des chantiers navals.

Le tsar adorait également jouer aux dames et aux échecs. Quand il partait pour plusieurs jours, il emmenait toujours avec lui deux partenaires de jeu. Il jouait tous les jours, et avait un très bon niveau. Il donna d’ailleurs l’ordre d’organiser des salles de jeux à proximité des lieux où se réunissait toute assemblée.

Pierre-le-Grand en pleine partie d’échecs

On raconte que Pierre-le-Grand aimait beaucoup patiner sur les lacs gelés de Hollande, et que c’est lui qui aurait trouvé le moyen de moderniser le patin en intégrant la lame au chausson, alors qu’elle était auparavant maintenue avec des lanières à la chaussure …

Catherine-la-Grande (1729-1796)

Catherine II impératrice de Russie

L’impératrice Elisabeth, fille de Pierre-le-Grand, n’a pas d’héritier, et c’est son neveu, futur Pierre III, qui est choisi pour lui succéder le jour venu. On le marie avec une princesse allemande de petite noblesse, une certaine Sophie qui deviendra Catherine II, impératrice de Russie, et règnera pendant 34 ans. Le tsar Pierre III avait un comportement bizarre, très enfantin. Pourtant adulte, il passait des journées entières à jouer avec son millier de petits soldats de bois (non, rien à voir avec Pierre-le-Grand !). On raconte qu’un jour, un rat eut le malheur d’en grignoter trois : Pierre fit pendre publiquement le pauvre animal !

Pierre III

Catherine souffrit vingt longues années de ce mariage malheureux. Elle se réfugia souvent dans la lecture, qui était depuis toujours son passe-temps favori. Elle découvrit, entre autres, les philosophes du siècle des Lumières, (comme Voltaire, Diderot, Montesquieu …) et entretint une grande correspondance épistolaire avec Voltaire. De plus, esthète accomplie, elle s’intéressait beaucoup à l’Art sous toutes ses formes.

En 1762, Pierre III trouve la mort dans un coup d’Etat, et Catherine-la-Grande prend le pouvoir. Elle s’entoure de jeunes gens brillants et cultivés, dont plusieurs deviendront d’ailleurs ses amants.

Catherine II aimait passionnément jouer aux échecs à quatre, très à la mode au 18 ème siècle. Deux équipes de deux joueurs s’affrontaient : en cas de perte, elle pouvait ainsi facilement accuser son partenaire ! Connaissant sa passion pour ce jeu, Stroganov lui offrit un jour un jeu d’échecs … mais vivant ! L’échiquier était dessiné sur une grande pelouse, ou un grand terrain, et les pièces étaient des serviteurs en costumes médiévaux, qui se déplaçaient sur ordre des joueurs.

Exemple de jeu d’échecs vivant, sur la Place du Palais d’Hiver à Saint-Petersbourg, fin 19ème siècle

Le roi de Suède Gustave IV, participa à une de ces parties contre l’impératrice Catherine II, mais l’histoire ne dit pas qui fut le vainqueur !

Alexandre Ier (1777-1825)

Petit-fils adoré de Catherine-la-Grande, Alexandre Ier devient empereur de Russie le 23 mars 1801, à la mort de son père Paul Ier, assassiné. Il affrontera maintes fois les ambitions de Napoléon Ier, et, par ses nombreuses victoires sur la France, la Suède et l’Empire ottoman, il fera de l’Empire russe une grande puissance. Très intéressé par l’Art, il se met rapidement à acquérir des oeuvres de peintres occidentaux ou russes, tout comme avait commencé à le faire Catherine II. Mais les relations diplomatiques tendues avec le principal marché de l’Art de l’époque, la France, le ralentisse. Ce n’est qu’après la paix de Tilsitt, en 1807, que les relations s’apaisent et que le lien artistique renaît. Une belle collection d’oeuvres d’art se constitue ainsi, toujours visible en grande partie au Musée de l’Ermitage de Saint-Petersbourg. Profondément mystique, surtout dans les dernières années de son règne, sa mort annoncée au cours d’un voyage dans le sud du pays donne lieu à des spéculations … Il se serait retiré du monde en devenant ermite en Sibérie.

Nicolas Ier (1796-1855)

Frère d’Alexandre Ier, ce tsar adorait la mode. Il dessinait des uniformes pour l’armée russe, et s’y connaissait parfaitement en couture.

Détails d’un uniforme de l’armée de Nicolas Ier

Nicolas II (1868-1918)

Dernier empereur de Russie, le tsar Nicolas II était un grand amateur de tennis. Il avait découvert ce jeu (sur gazon) en Angleterre, lors d’une visite officielle au milieu des années 1890. Et c’est précisément le 2 juin 1896 (d’après son journal de bord), que le tsar prit une raquette de tennis en main pour la première fois, et se mit à jouer sur un court aux environs de Moscou, profitant de quelques jours de détente après son couronnement. Dès son retour à Saint-Petersbourg, il décida de faire construire rapidement, pendant l’été, un terrain de tennis dans le parc du palais de Peterhof. Athlétique, en très bonne condition physique, Nicolas II progresse rapidement et joue plutôt bien.

Le tsar Nicolas II (à droite)

Ses partenaires, en général, sont des officiers de sa garde rapprochée, ou des officiers du yatch « Standart ». Le terrain étant très utilisé, il en fait rapidement construire cinq autres. Véritable accro au tennis, il initie ses cinq enfants, dont le tsarevitch Alexeï, pourtant hémophile.

Au centre de la photo, le tsar et sa fille Maria

Le tsar Nicolas II joua au tennis pour la dernière fois le 16 juillet 1914. Trois jours plus tard, l’Allemagne déclarait la guerre à la Russie, la précipitant dans la Première guerre mondiale.

Nicolas II aimait beaucoup, le soir, faire des parties de cartes en famille. Ils adoraient jouer au bésigue (jeu de cartes français, originaire du Limousin).

Le tsar était également passionné par la photographie. Il prenait grand soin de ses clichés et les classait méticuleusement dans des albums.

De plus, il collectionnait les violons. Il en possédait 128, dont un Stradivarius ! Il paraît qu’il existait une cache secrète pour ce violon exceptionnel dans une colonne du Palais d’Hiver …

Le violon Stradivarius du tsar Nicolas II

Lénine (1870-1924)

Lénine ne faisait pas de sport. Souvent malade dans son enfance et sa jeunesse, il n’était pas très robuste. Ses loisirs n’ayant rien de très prolétariens, Lénine restait discret à leur propos. En effet, contrairement aux idéaux d’égalité sociale qu’il prônait, il s’intéressait aux belles voitures, à la chasse, à l’équitation, à la musique classique, à la peinture et au théâtre.

Il lisait également beaucoup et adorait jouer aux échecs.

Lénine jouant aux échecs, sous l’oeil de Maxime Gorki

Staline (1878-1953)

Suite à une blessure grave dans son enfance, Staline avait un handicap au bras gauche, demeuré plus court. Il ne pratiquait aucun sport, et se consacrait beaucoup à son travail. Cependant, il aimait le billard, le bowling, ou le tir au pistolet. Il était un excellent tireur, précis et calme. Étonnamment, il aimait aussi beaucoup jouer au lancer de hâches !

Staline au lancer de hâches

Mais la grande passion de Staline était vraiment le cinéma. Il avait fait installer une salle de projection privée dans chacun de ses lieux de résidence ou de travail. D’après les Archives du Parti Communiste, il passait même pour être assez prétentieux dans ce domaine, se considérant à la fois comme producteur, réalisateur, scénariste, voire acteur, mais aussi redoutable censeur. Staline adorait les western, et surtout ceux avec John Wayne, son acteur préféré. Il paraît qu’il tentait d’ailleurs, parfois, de donner un petit style « cowboy » à son habillement … Il aimait aussi beaucoup Spencer Tracy, Clark Gable, et le réalisateur John Ford. Par contre, il ne supportait pas de voir à l’écran des baisers ou de la nudité (surtout dans les films français !), et, pendant toute une période, il fit interdire ce genre de scènes dans les films soviétiques.

Sa musicienne préférée était une pianiste, du nom de Maria Youdina (1899-1970).

En l’entendant, un jour, à la radio, interpréter magnifiquement le Concerto pour piano nº23 de Mozart, il en demanda immédiatement l’enregistrement. Celui-ci n’existant pas, il exigea alors que Maria Youdina vienne jouer pour lui, avec son orchestre. Ce qu’elle fit bien sûr, n’ayant pas vraiment la liberté de refuser. Ils enregistrèrent ce concerto le soir-même, et firent ensuite parvenir le disque à Staline, comme demandé. Staline, enchanté, la remercia en lui faisant parvenir une importante somme d’argent (20 000 roubles). ce à quoi elle répondit par une courte lettre bien courageuse : « Je vous remercie, Iossif Vissiaronovitch, pour votre aide. Je prierai jour et nuit le Seigneur, pour qu’il vous pardonne vos péchés commis contre le peuple et le pays. Dieu est miséricordieux, il pardonne. Et je verserai votre argent pour les travaux de l’église à laquelle je vais. » On raconte que lorsque l’on trouva Staline mort dans sa chambre, le disque de Maria Youdina tournait …

Je vous propose de découvrir cette merveilleuse pianiste russe :

https://youtu.be/riRK7P_ynfc

Nikita Khroutchëv (1894-1971)

Celui qui avait été très proche de Staline et qui dirigea l’URSS pendant une partie de la guerre froide, ne pratiquait aucun sport. Il était plutôt réputé pour son grand intérêt envers la nourriture et la boisson !

Lors de ses déplacements en automobile, il n’oubliait jamais de prendre de quoi se cuisiner un petit repas « vite fait » sur le bord de la route. Le chauffeur arrêtait la voiture, et Khroutchëv sortait du coffre une poêle à frire « de voyage » (visible au Musée historique, à Moscou) afin de se préparer un petit en-cas et lui éviter d’arriver à jeûn à la réunion qui était prévue. L’expérience parlait : les toasts d’accueil enchaînés sur un estomac vide ne lui avaient pas laissé de bons souvenirs, et il prenait désormais ses précautions ! Lors de sa visite aux Etats-Unis en 1961, il visita le siège d’IBM … mais ne fut nullement impressionné par les ordinateurs. C’est le self-service qui retint toute son attention ! Il décida, dès son retour, d’en introduire le principe en URSS.

Self-service d’IBM

Leonid Brejnev (1906-1982)

Leonid Brejnev accèda au pouvoir en 1964, et dirigea l’URSS pendant 18 ans. Personne aux goûts simples, il adorait, quand il était à sa datcha, aller nager tôt le matin. Il y avait un billard et un court de tennis, mais Brejnev n’y jouait jamais.

Il aimait les voitures, et conduisait vite. Tant que sa santé le lui permettait, il conduisait lui-même. Il aimait beaucoup la chasse, et passait souvent ses week-ends à la résidence de chasse des chefs d’Etat, à Zavidovo. S’il tenait lui-même le fusil, il y avait discrètement un chasseur professionnel dans les parages qui tirait en même temps que lui et assurait sa réussite !

Mais une autre activité de Brejnev est assez étonnante pour un leader politique de cette trempe : il adorait jouer aux dominos ! Beaucoup s’étonnèrent d’ailleurs de l’enthousiasme qu’il mettait à chaque partie.

Iouri Vladimirovitch Andropov (1914-1984)

Il n’est resté que peu de temps au poste de Secrétaire Général de l’URSS (1 an, 2 mois, et 28 jours : du 12/11/82 au 09/02/84), mais il est connu comme le plus mystérieux président du pays. Ancien chef du KGB, personnage austère et secret, il était assez redouté. Intellectuel et esthète, dans la mesure des normes du Kremlin, il écrivait des vers. Sa poésie lyrique pouvait devenir humoristique, usant même parfois de mots d’argot. Ses poèmes de qualité, paraît-il, n’ont encore jamais été publiés.

Mikhaïl Gorbatchëv (né le 2 mars 1931)

Mikhaïl Gorbatchëv et son épouse Raïssa

On ne lui connaît aucun loisir particulier. A la retraite, il mène une vie la plus saine possible, et fait très attention à son hygiène de vie. Il lit beaucoup et aime écouter de la musique classique.

Boris Eltsine (1931-2007)

Le premier président de la Russie était un amateur inconditionnel de tennis. Ce sport était sa passion ! Jeune, il jouait beaucoup au volley-ball. Puis il s’est mis au tennis en 1992 pour lutter contre le stress. Il jouait 2 à 3 fois par semaine, et avait même engagé, comme entraîneur particulier, Chamil Tarpichtchev, qui a longtemps été le capitaine de l’équipe masculine d’URSS. Il lui avait même donné un bureau au Kremlin ! Tarpichtchev raconte : « Il est complètement tombé amoureux du tennis. Je me souviens d’un jour où il était déjà à la retraite. J’étais au volant de ma voiture, et il m’appelle : « Chamil, elle est classée combien, maintenant, Jidkova ? » Elle était dans les 90 èmes. Alors je lui dis : »Boris Nikolaïevitch, je suis en train de conduire, je vous rappelle d’ici 15 minutes pour vous dire exactement. » Et là, il me répond du tac au tac : « Tu vois, moi, je m’intéresse au tennis, mais toi, vraiment pas ». Incroyable Boris ! »

Il avait le sens de la balle, et énormément d’enthousiasme. Il faisait attention à chaque point et avait l’esprit de compétition. Un vrai sportif !

Grâce à Boris Eltsine, le tennis est devenu populaire en Russie. « Le nom de Eltsine est devenu synonyme de tennis, en Russie » dit Tarpichtchev, « et quand il a pris une raquette de tennis en main en 1992, ce fut le moment le plus important pour notre sport ». Considéré comme un sport bourgeois dans l’Union soviétique communiste, avec Eltsine il s’est démocratisé. Il est actuellement un des sports les plus populaires, avec le football et le hockey sur glace.

Mais, pour que le tennis, sport si individuel, soit reconnu comme un sport national en Russie, il fallait accomplir quelque chose de grand et de fédérateur. Ce fut le cas le 1er décembre 2002 , avec la victoire 3-2 de la Russie sur la France en Coupe Davis. Eltsine fit le voyage jusqu’à Paris, et encouragea l’équipe russe sans relâche pendant 3 jours, depuis la tribune VIP, acclamant vigoureusement chaque point marqué ! Lors du dernier match décisif, il était assis à côté du Président Chirac, et débordait d’enthousiasme. Au point final gagnant pour la Russie, il escalada les barrières et se précipita sur le court pour féliciter chaleureusement ses joueurs !

Boris Eltsine avec Marat Safine

Les triomphes de Kafelnikov, Anna Kournikova, Marat Safin, Anastasia Miskina, Elena Dementieva, Svetlana Kouznetsova, mais aussi Maria Charapova et tant d’autres ont largement contribué à rendre le tennis si populaire en Russie .

Voici une petite vidéo amusante du fan numéro 1 de Maria Charapova, à Roland-Garros :

https://youtu.be/tKqm78wCoy4

« Nous avons eu beaucoup de chance de l’avoir à nos côtés » conclut Tarpichtchev, « il était l’un de nos plus loyaux supporters ».

Dmitri Medvedev (né le 14 septembre 1965)

Zen, soyons zen !

Troisième Président de la Russie (après Eltsine, puis Poutine), Medvedev pratiquait le yoga ancien, ce qui l’aidait à se détendre et à se débarrasser de son stress. Le loisir d’un chef d’Etat en Russie devenant souvent le loisir du peuple russe, à l’époque, le Moscow Times avait titré : « Le premier président organisa une révolution tennistique, le second encouragea son peuple à se lancer dans les arts martiaux, et avec le troisième, tout le pays va bientôt avoir la tête en bas ! »

Interdit à l’époque soviétique en raison de ses liens avec les rites religieux hindous, il faut admettre que le président Medvedev mit le yoga à la mode.

Démonstration de yoga près de la Place Rouge

Medvedev aime beaucoup le badminton, jeu très dynamique qui demande beaucoup d’énergie. En octobre 2011, il lance l’initiative d’instaurer des cours de badminton dans toutes les écoles du pays. Bilan très mitigé.

Très sportif, il pratique le ski, le VTT, et régulièrement la musculation.

Vladimir Poutine (né le 7 octobre 1952)

Avec Poutine, la Russie a appris à apprécier les arts martiaux. Ceinture noire de judo, de sambo, et de karaté, il a débuté jeune son apprentissage. « J’ai commencé le judo vers l’âge de 11 ans, et j’y ai très vite découvert un grand intérêt. J’aime la philosophie des arts martiaux, la culture des relations avec son rival, et le respect des règles de lutte » , déclare Vladimir Poutine. Avec Yasuhiro Yamashita, champion du monde de judo du Japon, il a d’ailleurs publié un tutoriel-vidéo sur le judo.

En septembre 2006, Poutine est devenu président d’honneur de l’Union européenne de judo, et en 2010, il a reçu le titre de « Docteur ès judo » de l’université sud-coréenne de Yonin. Il est également multi-champion de Saint-Petersbourg en sambo, en plus de ses ceintures noires de judo et de karaté …

« Le judo nous apprend à nous contrôler, à ressentir l’urgence du moment, à voir les forces et les faiblesses de son adversaire, à rechercher le meilleur résultat. On est d’accord, toutes ces connaissances, ces compétences sont juste indispensables en politique ! » confie Vladimir Poutine avec malice.

Le président aime aussi beaucoup le jeu d’échecs, la pêche, la musculation, et le ski alpin. Il en fait depuis longtemps, skie vite et possède une très bonne technique. « C’est un sport dynamique, technique, et une excellente occasion de pratiquer une activité physique, de se détendre, de maintenir sa forme, de recharger son énergie et sa bonne humeur ! » annonce t-il.

Le hockey sur glace est un autre sport que Poutine apprécie vraiment.

En février 2011, en Turquie, il avait promis aux participants de la Coupe inter-universités (Универсиад) d’apprendre à patiner. « Je pensais que je n’y arriverai jamais ! J’avais déjà essayé une fois, il y a longtemps, et j’avais dû me battre pour rester debout ! », se souvient Poutine. Mais, comme il avait promis, il se mit à s’entraîner de façon très sérieuse.

Pendant deux mois, il travailla avec le célèbre joueur de hockey Alexeï Kassatonov. Les cours eurent souvent lieu le soir après minuit, à la suite d’une journée de travail. Mi-avril, il savait déjà suffisamment bien patiner pour participer à l’entraînement des jeunes hockeyeurs avant leur finale la compétition du « Palet d’or ». Poutine marqua même quelques buts !

Le 7 octobre 2015, il fêta son anniversaire (63 ans) sur la glace, en participant au match de Gala nocturne de la ligue de hockey sur glace (НХЛ) à Sotchi. Il y marqua 7 buts !

Depuis, il fait partie d’une équipe d’amateurs et jouent régulièrement au hockey.


J’espère que cette promenade à travers l’Histoire, vue sous cet angle, vous aura amusé. Vous aurez sans doute remarqué que la pratique du jeu d’échecs traverse les âges en Russie : stratégie et loisirs font finalement souvent bonne équipe !

Alors, bons loisirs à vous, et peut-être, pourquoi pas … bonne partie d’échecs !

Commentaires (2):

  1. Bergerand Florence

    23 mars 2018 à 17 h 18 min

    Passionnant! Merci Marion. Nous en avons suivi des conférences ensemble d’Histoire, de la Culture… sur la Russie mais ce thème des Loisirs n’avait pas été abordé… cela intéressera sûrement notre charmante conférencière Elena…
    Bises
    A bientôt
    Florence B

    Répondre
    • Marion

      23 mars 2018 à 21 h 51 min

      Merci Florence ! Finalement, l’air de rien, les loisirs révèlent beaucoup … et c’est vrai que voir l’Histoire sous cet angle est un clin d’oeil amusant ! Avec plaisir pour Elena, bien sûr…bonne idée ! Bises

      Répondre

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