34- Humour d’URSS

La période de l’URSS communiste fut propice à de nombreuses blagues, où l’on n’hésitait pas à tourner les dirigeants en ridicule. Arme redoutable, reflet d’une société en construction, l’humour retranscrivait avec lucidité les difficultés d’une société hésitante et cahotante.

Les blagues que vous allez découvrir sont toutes d’origine. Passez un bon moment d’humour … peut-être un peu grinçant parfois, époque oblige !


photos (principale et ci-dessus) de Vladimir Rolov

-1-

Brejnev tombe éperdument amoureux d’une danseuse du Bolchoï. Après une cour pressante, il parvient enfin à la convaincre de venir dîner au Kremlin. Là, malgré tous ses efforts, la ballerine résiste à ses avances, d’autant plus vigoureusement qu’elles se font plus précises. A bout d’arguments ainsi que de patience, Brejnev promet de lui accorder la première faveur qu’elle demandera.
– Je veux, dit la danseuse, je veux que tu ouvres les frontières.
– Ah, petite timide, tu veux donc que nous restions seuls …

-2-

Ivan, ouvrier russe, est un homme d’habitude. Tous les soirs en sortant de son travail, il passe voir son ami Victor. Et tous les soirs avant d’arriver chez son ami, il achète tous les journaux du soir. Et tous les soirs, à peine arrivé chez Victor, Ivan parcourt la première page de tous les journaux, puis les jette. Un soir, poussé par la curiosité, Victor lui demande :
– Mais enfin que fais-tu avec tous ces journaux?
– Je cherche un faire-part de deuil.
– Mais tu ne regardes que la première page, les faire-part sont à l’intérieur …
– Oui, mais celui que j’attends, il sera en première page.

-3-

Qu’est-ce que la Science?  La Science, c’est, les yeux bandés, chercher un chat noir dans une pièce obscure.

Qu’est-ce que la Philosophie?  La Philosophie, c’est chercher les yeux bandés dans une pièce obscure un chat noir qui ne s’y trouve pas.

Qu’est-ce que le Matérialisme dialectique ?  Le Matérialisme dialectique, c’est chercher les yeux bandés dans une pièce obscure un chat noir qui ne s’y trouve pas et s’écrier tout d’un coup : «Ça y est, je le tiens!»

-4-

Tous les matins, pour se rendre à son bureau, Kossyguine passe devant la statue de Dzerjinski (fondateur de la police secrète Tchéka).

Un jour, il a l’impression que la statue lui parle. Le soir, sur le chemin du retour, il fait ralentir son chauffeur, et il lui semble à nouveau que la statue s’adresse à lui. Pendant plusieurs jours cette impression persiste. Finalement, Kossyguine fait arrêter sa voiture, descend, se plante devant la statue et entend :

– Alekseï Nikolaïevitch, je suis fatigué. Pourquoi m’a-t-on statufié debout alors que Dolgorouki est tranquillement assis sur son cheval ? Fais quelque chose, voilà trente ans que je suis debout.

Kossyguine file au Kremlin, entre en trombe dans le bureau de Brejnev et lui rapporte sa conversation avec la statue. Léonid Ilitch se frappe le front, suggère à son collègue de prendre quelques jours de vacances et, devant son obstination, décide qu’ils iront ensemble voir la statue pour que Kossyguine se persuade qu’il a eu une hallucination. Sitôt dit, sitôt fait : Brejnev et Kossyguine prennent une voiture et se font conduire devant la statue. Lorsqu’ils en descendent, on entend la voix furieuse de Dzerjinski :

– Alekseï Nikolaïevitch, je t’avais demandé un cheval, et tu m’apportes un âne.

-5-

La cellule du Paradis doit désigner son secrétaire. Quelqu’un propose la candidature de saint Pierre, mais un ange au visage sévère fait remarquer qu’un homme qui a renié trois fois son maître ne saurait faire, en aucun cas, un bon secrétaire de cellule.

On propose alors la candidature de saint Paul, mais le même ange, le visage toujours aussi fermé, se lève et rappelle que le chemin de Damas a été précédé d’épouvantables errements et qu’en aucun cas on ne peut désigner comme secrétaire de cellule un ancien persécuteur.

La candidature de Dieu le Père est alors avancée, et l’unanimité va se faire, quand l’ange au visage de bois s’avance et déclare :

– Je n’ai rien contre Dieu le Père, mais qu’est-ce que son fils est allé faire si longtemps en Israël ?

-6-

Devant l’ambassade américaine à Moscou stationne une splendide Cadillac dernier modèle. Un petit attroupement s’est formé, et un des admirateurs se penche vers son voisin pour lui dire :

– Belle voiture, n’est-ce pas ? Beau symbole de puissance économique.

– Vous avez tout à fait raison. C’est une superbe réalisation. Bien digne de l’industrie de notre grande Union Soviétique.

– Vous êtes fou, vous ne connaissez pas les Cadillac ?

– Les Cadillac, oui … Vous, non.

-7-

Au cours d’une réunion du Parti, les responsables s’inquiètent du nombre décroissant de ses membres. Après en avoir débattu, ils décident de publier la déclaration suivante :

– Quiconque trouvera un nouveau membre du Parti sera libéré de l’obligation d’assister aux réunions du Parti pendant six mois.

– Quiconque trouvera cinq nouveaux membres du Parti aura le droit de quitter le Parti.

– Quiconque trouvera dix nouveaux membres du Parti recevra une attestation qui prouvera qu’il n’a jamais appartenu au Parti.

-8-

Un matin, Boris Nikolaïevitch reçoit une lettre le convoquant au poste de milice « pour affaire le concernant ». A peine arrivé, il est traîné manu militari devant le chef de poste qui, sitôt l’interrogatoire d’identité effectué, se met à hurler :

– Traître, tu es accusé de menées subversives anti-socialistes et d’activités anti-Parti. Tu vas en prendre pour vingt ans. Mais je te laisse une chance : j’ai un oeil de verre, si tu devines lequel, je te remets en liberté.

Surpris par tant d’indulgence, Boris Nikolaïevitch réfléchit, se concentre et répond :

– Le gauche.

– Bravo ! Tu as deviné. Mais, dis-moi, comment as-tu fait ?

– Eh bien, Camarade, c’était assez facile : j’ai cru y voir une lueur d’intelligence.

-9-

Dans un bar d’une ville d’un pays de l’Ouest, un Américain, un Anglais et un Russe boivent un verre au comptoir tout en discutant. L’Américain explique qu’il a plusieurs voitures : une pour lui, une pour sa femme et une pour chacun de ses enfants, plus une autre encore, en cas de panne.

– Vous êtes un nouveau riche très mal organisé, lui dit l’Anglais en le regardant froidement. Moi, je n’ai qu’une voiture, mais une bonne, une Rolls Royce.

À ce moment, l’Américain et l’Anglais se tournent vers le Russe et lui demandent, combien il a de voitures.

– Je n’en ai pas. Et je n’en ai pas besoin : quand j’ai trop bu, la voiture de police me ramène. Quand j’ai vraiment trop bu, l’ambulance me ramène, et si je fais une autre bêtise, j’ai la voiture du KGB.

– Bon, disent l’Américain et l’Anglais, mais qu’est-ce que vous avez pour partir en vacances ?

– Des tanks.

-10-

À la gare de l’Est à Paris, deux ouvriers français discutent. L’un part s’établir en Union Soviétique, l’autre est venu l’accompagner. En attendant le départ du train, celui qui s’en va tente de convaincre son copain de venir le rejoindre dans la patrie du socialisme, mais son ami, visiblement hésitant, lui dit :

– Écris-moi, dis-moi comment c’est. Si c’est bien, je viens te rejoindre. Mais, ajoute-t-il après un instant de réflexion,  on va convenir d’un code. Suppose que tu ne puisses pas m’écrire librement, eh bien, tu m’écris à l’encre rouge, comme ça je me méfierai.

Six mois plus tard, il reçoit une lettre d’Union Soviétique. C’est une lettre de son ami, écrite à l’encre bleue. Il y décrit la Russie en termes paradisiaques : tout est superbe et surtout tout y est fait pour le travailleur. Enthousiasmé, prêt à faire ses valises, il retourne la lettre et son attention est alors attirée par un post-scriptum qu’il n’avait pas remarqué :

P.S. : II n’y a qu’une chose qui manque à mon bonheur : de l’encre rouge.

-11-

Un matin, alors que Brejnev est dans son bureau, un de ses secrétaires entre et lui dit :

– Camarade Brejnev, je m’excuse de vous déranger, mais il y a beaucoup de monde sur la Place Rouge.

– Voyons, c’est normal, répond Brejnev,  ils viennent visiter le Mausolée de Lénine.

Le secrétaire se retire, mais revient un peu plus tard et déclare :

– Camarade Secrétaire général, je m’excuse de vous déranger, mais il y a beaucoup de monde sur la Place Rouge, et ils mangent.

– C’est normal,  dit Brejnev.  Il est midi, nous sommes le pays du socialisme et de la prospérité, donc ils mangent.

Le secrétaire de Brejnev ressort. Une demi-heure plus tard il revient et dit :

– Camarade Maréchal, je suis désolé de vous déranger de nouveau, mais il y a beaucoup de monde sur la Place Rouge, ils mangent … et avec des baguettes.

-12-

Au moment de la normalisation, le conseil municipal de Prague reçut du conseil municipal de Moscou une lettre ainsi rédigée :

«Chers camarades,

pour vous aider dans votre juste campagne de normalisation et pour resserrer les liens entre nos deux villes, nous vous proposons de débaptiser votre cathédrale Saint-Guy et de la rebaptiser cathédrale Saint-Léonid.»

Rarement le conseil municipal de Moscou avait reçu réponse si rapide. Le télégramme du conseil municipal praguois ne contenait que ces trois mots :

«D’accord. Envoyez reliques.»

-13-

Chez nous, dit un Américain à un Soviétique,  la liberté est totale ; la preuve en est que je peux aller tous les jours sous les murs de la Maison-Blanche et crier « À bas Nixon » autant qu’il me plaît.

– Et moi aussi,  dit le Russe,  je peux aller tous les jours sous les murs du Kremlin et crier « À bas Nixon » à m’en faire péter les cordes vocales.

-14-

Un jour dans Moscou la nouvelle se répand d’un prochain arrivage de viande. D’immenses queues se forment devant les boucheries, et les gens passent la nuit devant les vitrines encore vides. A l’aube, arrive un commissaire politique qui s’adresse à la foule :

– Y en a-t-il parmi vous qui sont Juifs ?

Environ un tiers des présents lèvent la main.

– Allez-vous-en,  dit le commissaire, il n’y a pas de viande pour les Juifs.

Deux heures après, le commissaire revient :

– Y en a-t-il parmi vous qui sont « sans-parti » ?

Les neuf dixièmes des restants lèvent la main.

– Allez-vous-en, il n’y a pas de viande pour les « sans-parti ».

Deux heures plus tard, alors que le magasin est toujours fermé, le commissaire revient et dit :

– Camarades, maintenant que nous sommes entre nous, je dois vous dire qu’il n’y a pas de viande du tout.

Alors on entend dans la queue une voix écoeurée qui s’exclame :

– C’est toujours les Juifs qui sont favorisés …

-15-

Un soir, Léonid Brejnev s’invite à dîner à l’improviste chez Nikolaï Popov, membre haut gradé du Parti. Il sonne. N’ayant pas été prévenu à l’avance, Popov est stupéfait en ouvrant la porte. Stupéfait et inquiet, car son fils, espiègle adolescent, possède un magnifique perroquet dressé à répéter : « À bas Brejnev ! » Tout en installant Léonid dans son salon, il donne discrètement à sa femme la consigne d’enfermer le perroquet dans le réfrigérateur. Ainsi fait, les deux secrétaires généraux  passent tranquillement la soirée à discuter et plaisanter. Vers minuit, ravis l’un de l’autre, Brejnev et Popov s’apprêtent à se séparer, quand Léonid Ilitch fait remarquer qu’il a soif. Il se dirige sans plus de façons vers la cuisine.

Nikolaï Popov devient soudainement blême, tire Brejnev par la manche, et lui dit de ne surtout pas se déranger. Peine perdue : Brejnev comprend tout de suite qu’on essait de lui cacher quelque chose. Il le dit, et invite son camarade à passer aux aveux. Popov s’exécute, tremblant, mais Léonid Ilitch se met à rire aux éclats, et, donnant de grandes claques dans le dos de son compère, lui dit que lui aussi a des enfants et même des petits-enfants, et qu’il faut bien les laisser s’amuser. Puis il ouvre la porte du réfrigérateur, et l’on voit le perroquet gelé et à moitié mort murmurer « Vive Brejnev » d’une voix éteinte.

Alors, le visage rayonnant, Brejnev se tourne vers Popov et dit :

– Tu vois, Popov, rien de tel que la Sibérie …

-16-

À Moscou, un petit vieux regarde la devanture de la boucherie de Vassili Ivanovitch, où trônent quelques douteux saucissons de composition inconnue. Il hésite, puis finalement entre et se dirige vers Vassili. Il demande :

– Est-ce que vous avez du filet de boeuf ?

– Non.

– Et du faux-filet, ou du jarret ?

– Non.

– Alors des côtelettes, du plat de côte … ou des os à moelle ?

– Non plus. Rien de tout ça, on a du saucisson, c’est tout.

Le petit vieux s’en va alors tristement et tandis qu’il s’éloigne le long de la rue, le boucher l’observe depuis l’entrée de la boucherie et se dit doucement : « Putain, ces vieux … Quelle mémoire ! »

-17-

Quelle est la différence entre un pessimiste et un optimiste ? Le pessimiste, c’est celui qui dit : « Ça va mal, nous sommes vraiment dans la merde, ça ne pourrait pas être pire. » Et l’optimiste lui répond : « Mais si, mais si… »

-18-

Comment, dans les pays socialistes, avoir un réfrigérateur toujours plein, quelles que soient les récoltes, quels que soient les arrivages ou la longueur des queues devant les magasins ?

– Facile, il suffit de le brancher sur la radio.

-19-

À Moscou, la maîtresse d’école donne une leçon de géographie. Elle prend une mappemonde, montre les États-Unis et commente :

– Ici, ce sont les États-Unis, le pays du chômage, de la violence, du racisme et des injustices.

Puis, tournant le globe, elle enchaîne :

-Là, c’est l’Union Soviétique, le pays du bonheur, du plein-emploi, de la douceur de vivre, de la justice …

Alors du fond de la classe s’élève la petite voix de Natacha :

– Maîtresse, comment on fait pour se rendre en Union Soviétique ?

-20-

Quelle différence y a-t-il, pour un pays socialiste, entre l’Union Soviétique et un autre pays du pacte de Varsovie ?

L’Union Soviétique est un pays « frère », les autres pays sont des pays « amis », et si l’on choisit ses amis …


Je hais l’argent. Vive le Communisme !!!

Commentaires (4):

  1. LOUVEAU Nancy

    31 mai 2018 à 7 h 39 min

    Bon article même si pour moi tout n’est pas « risible » par manque de culture russe … mais l’humour et la dérision sauvent de bien des situations !!!

    Répondre
    • Marion

      31 mai 2018 à 8 h 31 min

      Merci Nancy ! Bienvenue dans l’humour soviétique … parfois grinçant, qui fait rire « jaune »…

      Répondre
  2. Philippe

    8 mai 2018 à 9 h 12 min

    Cet humour un peu grinçant est intemporel , et on le retrouve , avec des variantes sociologiques , dans d’autres pays , et à d’autres époques..il est la démonstration de la capacité qu’a l’homme à surmonter le désespoir , l’absence d’horizon , la tristesse morne de certaines vies , bref , le mal être.
    Félicitations à toi Marion , pour cette anthologie très amusante ,qui a dû te demander un gros travail de traduction!

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    • Marion

      8 mai 2018 à 11 h 24 min

      Merci Philippe ! L’humour demande parfois un tel recul sur les évènements qu’il en devient encore plus puissant et criant de vérité. Jamais anodin !! L’Histoire par l’humour … un autre angle d’observation !
      Amitiés.

      Répondre

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