30- Khrouchtchëv et son incroyable « épopée du maïs »

Aujourd’hui, vous allez faire connaissance avec la « Tsarine des champs », la petite protégée de Nikita Khrouchtchëv !

Quand il accède au Pouvoir à la mort de Staline, Khrouchtchëv décide immédiatement de relever l’agriculture du pays en prenant des mesures radicales, d’une ampleur jamais vue. Le contexte de la guerre froide avec les Etats-Unis le motive d’autant plus. Cultiver le maïs partout dans le pays devient son obsession, au point d’oublier que précipitation et action ne sont pas toujours compatibles …

La grande « épopée du maïs » fut lancée, embarquant tout le pays dans un incroyable bouleversement agricole.

Chaussez vos bottes, et allons voir de plus près sur le terrain !

 


Qui est Nikita Khrouchtchëv (Никита Хрущёв) ?

Nikita Sergueïevitch Khrouchtchëv (1894-1971) est issu d’une famille de paysans de la région de Koursk. Il dirigea l’URSS pendant une partie de la guerre froide, et joua un rôle important dans le processus de déstalinisation. Il fut écarté du pouvoir en 1964.

Khrouchtchëv mena une carrière classique de fonctionnaire soviétique, avant de gravir un à un les échelons de la hiérarchie politique et de devenir l’un des plus proches conseillers de Staline. A l’époque, il défendit les Grandes Purges de Staline. (Rappelons que, dès 1934, Staline lança une campagne de répression politique au cours de laquelle des millions de personnes, déclarées « ennemis du peuple », furent exécutées ou envoyées dans les camps du Goulag.) En 1939, Staline le nomma à la tête du Parti Communiste en Ukraine, où il poursuivit les purges dans la région.

Staline et Khrouchtchëv

Après la mort de Staline, le 5 mars 1953, il accède au pouvoir. Le 25 février 1956, lors du XXème Congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique, il surprend tout le monde en dévoilant son « rapport secret », dénonçant ouvertement et courageusement les crimes de Staline et son culte de la personnalité. Il déclare (extraits) : »Staline appelait tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui « ennemis du peuple ». En conséquence, plusieurs centaines de personnes honnêtes ont péri. Tout le monde vivait dans la peur. […] C’était l’arbitraire total et complet. Et maintenant, tout cela doit être oublié et pardonné ? Jamais ! »

Nikita Khroutchëv à la tribune, XXème Congrès du PCUS

En tant que Premier Secrétaire du PCUS de 1953 à 1964, Nikita Khrouchtchëv incarna cette période typique de l’Histoire de l’Union Soviétique appelée « le Dégel ». Ce fut une période très contradictoire et très complexe : la conquête spatiale, le mouvement des dissidents, la crise des missiles de Cuba, l’épanouissement relatif du cinéma et de la littérature soviétique, la construction massive de logements, ….

Homme plein de vie, de passion et nullement timide, à la personnalité surprenante, Khrouchtchëv était considéré comme un leader extravagant. Il était à la fois très moqué (surnommé « le bouffon sur le trône ») mais aussi très attachant. Certains lui font cependant porter la faute du délitement de l’URSS, pour avoir, en précurseur de Gorbatchëv, ébranlé l’empire.

Une agriculture en souffrance

Un héritage délabré

Tout au long de son existence, l’URSS, pourtant née sous le slogan « La terre à ceux qui la cultivent ! », a été confrontée au problème agricole. L’histoire du pays a été profondément marquée par la misère dans les campagnes, les terribles famines des années 1920 et 1930, la collectivisation de l’agriculture, la création des sovkhozes (fermes d’État) et des kolkhozes (coopératives agricoles), et, dès 1929, par la dékoulakisation (répression contre les paysans supposés riches, « les koulaks », et les récalcitrants des campagnes à la politique du Parti). Dans les dernières années de pouvoir de Staline, l’agriculture de l’URSS se trouvait dans un état critique. La production des céréales était en baisse : elle était passée de 8 quintaux/hectares en 1913, à 7,9 q/ha en 1940, puis 7,2 q/ha en 1950. Ceci  n’empêcha pas Staline d’annoncer une croissance agricole colossale ! Son collaborateur, Sergueï Malenkov, déclara d’ailleurs fièrement que le problème de l’agriculture soviétique était résolu pour toujours.

A la conquête des terres vierges !

« Aide les terres vierges à se lever ! Ces terres sont inestimables, et c’est de notre devoir, année après année, de produire encore plus de céréales pour le peuple ! »

En arrivant au pouvoir, Nikita Khrouchtchëv est depuis longtemps conscient du problème de l’agriculture soviétique. Il décide de le prendre à bras-le-corps. Contrairement à certains, comme Malenkov, qui pensent qu’il vaut mieux augmenter la productivité des terres déjà cultivées, le Premier Secrétaire choisit d’accroître la surface cultivée en défrichant et en cultivant de nouvelles terres, conquises sur d’immenses territoires . Il y voit une solution rapide pour accroître la production.

« Aidons les terres vierges à se lever ! »

« La campagne des terres vierges » (Освоение целины) est ainsi officiellement lancée fin février 1954 par Nikita Khrouchtchëv, devant le Comité Central du Parti. Il y prononce un discours-fleuve de huit heures, qui sera soigneusement repris dans la Pravda les jours suivants. Son projet consistait à lutter contre le manque de céréales en mettant en culture des terres de la steppe du Kazakhstan, de Sibérie, du sud de la région de l’Oural et du nord du Caucase.

Le labourage des terres vierges et en jachère, en Sibérie et en Extrême-Orient

Le plan est aussitôt mis en oeuvre, mais sans aucune étude vraiment sérieuse. Plutôt que d’encourager financièrement les paysans, Khrouchtchëv préfère attirer les jeunesses communistes (Komsomols) dans une grande aventure « socialiste ».

« En route avec nous vers les terres nouvelles ! » (1954)

Dès l’été 1954, 300 000 volontaires partent pour les terres vierges. Entre 1954 et 1958, la surface cultivée en Union Soviétique tripla, passant de 9,7 à 28,7 millions d’hectares, et la récolte annuelle quadrupla.

Attestation de remise de médaille pour avoir participé à la Conquête des terres vierges (Union des Républiques Socialistes Soviétiques)

Le maïs comme sauveur

La culture du maïs (кукуруза [koukourouza]) en Union Soviétique est sans hésitation liée au nom de Khrouchtchëv. Conscient que l’agriculture stagnait et que le pays avait toujours beaucoup de mal à subvenir à ses besoins, il fallait réagir. La pénurie de céréales et surtout de fourrage pour les animaux commençait sérieusement à se faire sentir. Outre la première mesure énergique d’extension des terres cultivées, le Premier Secrétaire impose désormais le maïs comme culture fourragère principale.

« Du maïs dans tous les champs du pays ! » (affiche de film documentaire scientifique)

Depuis le début du 20 ème siècle, le maïs était déjà cultivé dans les régions du Sud-Ouest du pays (Moldavie, Géorgie, Caucase du nord, steppes de l’Ukraine), mais principalement pour ses grains. Développer le maïs pour le fourrage du bétail, permettrait d’accroître l’élevage, et donc la production de viande, de lard, de lait, de beurre… Le mot d’ordre suivant est lancé : « Le maïs, c’est la viande, le lard, le beurre, le lait ! »

« Cultiver du maïs n’est pas inutile, nous l’estimons tellement : le maïs, c’est la viande, le lard, le beurre, le lait. »

« Le maïs, source d’abondance »

« Laissons la voie au maïs ! » (panneau : vers les fermes)

L’enjeu est de taille et Khrouchtchëv est bien décidé à relever le défi grâce au maïs.

Champ de maïs dans le Nord-Caucase (1954)

Mais pourquoi le maïs ?

Le maïs est une plante herbacée tropicale (originaire du Mexique) annuelle, cultivée à la fois comme plante fourragère (nourrir les animaux d’élevage) et comme céréale, puisque ses grains sont très riches en amidon (70%). Son rendement est très supérieur à celui du blé ou des autres céréales, mais sa culture est aussi très exigeante. C’est une plante d’été qui demande beaucoup de soins et de travail, de soleil et d’eau. Sa culture nécessite du matériel et donc des investissements importants, comme la mise en place de systèmes d’irrigation, par exemple.

Le maïs, une plante exigeante !

L’introduction des semences hybrides américaines en Europe, après la Seconde Guerre mondiale, augmenta considérablement la rentabilité de cette céréale. Mais cela obligeait les agriculteurs à racheter ces semences chaque année pour obtenir une meilleure productivité.

Le grand « Projet Maïs »

Le « Projet Maïs » est approuvé en janvier 1955 au Plénum du Comité Central du PC. Khrouchtchëv y prononce sa célèbre phrase :  » Le maïs, Camarades, c’est comme un tank que l’on met entre les mains des combattants, c’est-à-dire des kolkhoziens. Un tank qui permet de surmonter tous les obstacles et qui permet de créer une abondance de produits pour nourrir notre peuple. » Il envisage même de le faire pousser du Kazakhstan jusqu’à la région de Taïmir (Таймыр), soit l’extrême nord de la Russie ! Les champs de blé et de seigle sont désormais destinés à cultiver du maïs.

En septembre 1956, a lieu le premier séminaire des républiques de l’Union Soviétique consacré au maïs. C’est l’occasion de faire les premiers bilans, d’échanger, de prendre des décisions. Khrouchtchëv déclare qu’il veut que cette nouvelle céréale soit considérée comme « la Tsarine (ou la reine) des champs » (« Кукуруза-Царица полей « ). Un nouveau prénom soviétique naîtra d’ailleurs de cette appellation : Koukoutsapol (voir mon article sur « la révolution des prénoms russes »).

« Bienvenue ! La plante maïs est la reine des champs « 

Mais si Khrouchtchëv  voulait utiliser l’expansion de la culture du maïs pour nourrir les animaux et le pays tout entier, il avait aussi en tête de prouver que le communisme pouvait dépasser le capitalisme, et il martelait qu’il fallait « rattraper et dépasser les Etats-Unis »! (« Догнать и перегнать Америку ! »).

« Rattrapons les Etats-Unis d’Amérique dans la compétition mondiale ! Produisons 20-21 millions de tonnes de viande ! »

L’aide de l’Amérique

Une rencontre décisive

L’ Amérique était vraiment le pays producteur de maïs par excellence. Krouchtchëv comptait bien en profiter en utilisant l’expérience occidentale de pointe pour renforcer l’URSS. Une délégation soviétique se rendit dans l’Iowa pendant l’été 1955. Elle y visita plusieurs exploitations et y rencontra notamment un agriculteur et entrepreneur américain, à la tête d’une entreprise de semences, un certain Roswell Garst. Il lui fit découvrir son immense ferme dans le comté de Guthrie. Très impressionnée, la délégation l’invita en retour à l’Exposition des réalisations de l’économie nationale de 1955. A l’occasion de ce voyage, Roswell Garst rencontra Nikita Khrouchtchëv en personne, et les deux hommes se lièrent d’amitié.

Nikita Khrouchtchëv et Roswell Garst

En 1930, Garst avait développé un maïs hybride, qui permettait un rendement plus élevé que la pollinisation naturelle. Il en vendit 4 500 tonnes à l’URSS, et conseilla aux Soviétiques de ne faire pousser le maïs que dans la partie sud du pays, tout en s’assurant d’avoir suffisamment d’engrais, d’insecticides et d’herbicides. Mais il n’en fut rien. Khrouchtchëv, bien décidé à suivre son idée, s’entêta à vouloir faire pousser du maïs jusqu’en Sibérie septentrionale, et limita à l’extrême l’utilisation des produits chimiques recommandés …

La machine est lancée

« Du maïs pour chaque génisse ! »

  • Les affiches de propagande sont imprimées, placardées, et permettent de recruter des forces vives et enthousiastes.

« Les jeunes, en route pour le front du maïs ! »

Les volontaires défrichent et labourent de nouvelles terres, et le maïs se met à remplacer le blé et le seigle. Quant aux agriculteurs âgés et expérimentés, ils ne comprenaient pas pourquoi, tout d’un coup, ils devaient cultiver cette plante capricieuse et exigeante à des endroits où rien d’autre que de l’herbe n’avait poussé pendant des siècles …

 

 

  • Des insignes et décorations honorifiques sont remises aux travailleurs les plus méritants.

 

  • Dans les écoles, des cours de biologie sont consacrés au maïs et à sa culture. Au printemps et en été, des travaux pratiques sont même organisés sur le terrain.

 

  • Un dessin animé amusant, Чудесница (la Petite Merveille), propagande à la gloire de la Vaillante Plante Maïs, apparaît même sur les écrans en 1957. Il reçut de nombreux prix  soviétiques. C’est un magnifique moment d’anthologie à ne pas manquer ! Même sans parler russe, vous en capterez le message …

https://youtu.be/9UD-MviK9jY

  • Les écoles d’agriculture étudient de nouvelles techniques d’exploitation, et un institut de recherche scientifique est créé à Dniepropetrovsk : il est notamment chargé de produire de nouvelles variétés de maïs résistant au froid …

 

  • De plus, la ville de Tselinograd (du russe, tselina/ terres vierges et grad/ville), aujourd’hui capitale de la république du Kazakhstan connue sous le nom d’Astrana,  est développée à l’époque comme principal centre urbain d’appui de la nouvelle campagne agricole de la région.

Khrouchtchëv aux Etats-Unis

Avec Roswell Garst (23 septembre 1959)

Fin septembre 1959, Khrouchtchëv se rend en visite officielle aux Etats-Unis, et en profite pour revoir son ami et conseiller Roswell Garst. Celui-ci l’héberge même une nuit dans sa ferme de Coon Rapids, dans l’Iowa.

Le Premier Secrétaire se retrouve alors au coeur de ces immenses exploitations de maïs et découvre, avec l’enthousiasme qu’on lui connaît, le Paradis du maïs ! Il s’intéresse beaucoup, entre autres, aux nouvelles techniques d’irrigation.

« L’agriculture irriguée est une garantie de récoltes de qualité »

Il fut également très impressionné par les programmes d’éducation agricole que procurait l’Université d’Etat de l’Iowa et, dès son retour, il chercha à les transposer en Union Soviétique. A cette époque, la principale université agricole se trouvait à Moscou, et peu d’étudiants se rendaient sur le terrain. Khrouchtchëv proposa de déplacer le programme d’étude dans les zones rurales, mais, en vain … Ni les professeurs, ni les étudiants ne s’enthousiasmèrent pour cette idée !

La conquête du maïs à l’heure du bilan

 

  • La politique de Khrouchtchëv eut des conséquences positives indéniables dans le domaine industriel. Elle permit réellement de développer de nouvelles techniques de mécanisation et d’infrastructure. L’urbanisme en bénéficia également, ainsi que l’industrie alimentaire.

On raconte qu’à l’époque, les Soviétiques mangent régulièrement des flocons de maïs, du pain de maïs, et même du saucisson de maïs ! La culture populaire est aussi affectée par cette céréale si prometteuse : des films, des poèmes, des chansons louant le maïs voient le jour.

« Achetez du maïs en conserve »

  • Par contre, d’un point de vue agricole, soyons clair : ce fut une catastrophe. Malgré des succès initiaux, la campagne des terres vierges s’avéra être un vrai désastre pour l’agriculture. Les terres défrichées se retrouvèrent très appauvries : la rotation traditionnelle des cultures entre les différentes céréales n’était pas respectée, et l’érosion des sols, causée par les vents violents du nord du Kazakhstan, réduisit à néant une grande partie de l’effort en emportant la couche fertile de territoires immenses. Les cultures traditionnelles de fourrage et de céréales (blé, orge, seigle) ont été largement remplacées par le maïs, quasi-omniprésent. Entre 1956 et 1962, la surface de terres cultivées pour le maïs doubla, mais le rendement des champs diminua de moitié en dix ans. Les sommes d’argent englouties dans cette épopée avaient été très mal gérées.

 

  • En 1962, le Comité Central du PC de l’URSS et le Conseil des ministres passèrent un décret instituant la remise en état de la production des céréales. Il y avait urgence ! Mais, finalement, ce fut la sécheresse de 1963 qui donna le coup de grâce à la culture du maïs en Union Soviétique. 60% de la production de maïs furent détruits, et la récolte globale des céréales s’avéra très insuffisante. Les pénuries entraînèrent l’apparition de soupes populaires, ce qui fut initialement caché à Krouchtchëv, lui qui était si réticent à l’idée d’acheter de la nourriture à l’Occident. Mais, pour éviter une lamentable famine, il dût s’y résigner, et il utilisa une partie du stock d’or soviétique pour acheter des céréales et des produits alimentaires à l’étranger.

 

  • En 1964, quand Nikita Khrouchtchëv fut officiellement désapprouvé comme leader du pays et écarté du pouvoir, la fin de l’épopée du maïs en Union Soviétique fut officiellement proclamée.

Pourquoi un tel échec ?

 

Les raisons de cet échec monumental sont nombreuses. Mais on peut en citer les principales :

  • Le projet fut en permanence géré, non par des professionnels et des spécialistes agronomes, mais uniquement par des politiciens, avec Krouchtchëv à leur tête. Beaucoup d’erreurs furent faites dans le choix des technologies notamment. (Notons que des variétés de maïs adaptées au climat chaud furent quand même semées en Sibérie …)

  • Tout est allé trop vite, les décisions ont été précipitées. Les hommes n’étaient pas formés pour cultiver une plante si exigeante que le maïs et l’irrigation était souvent très insuffisante. Les infrastructures étaient inadaptées, le matériel, les engins agricoles, les hangars, les silos à grains manquaient grandement. Les routes, les moyens d’acheminement étaient déficients, et une partie des récoltes se perdait …

  • Suite à l’ordre de Khrouchtchëv de planter du maïs sur toutes les terres agricoles, on tentait de cultiver du maïs même en Carélie, dans le nord, ce qui est tout simplement impossible et ridicule ! Mais il n’était pas question de résister aux intentions du Premier Secrétaire, et les responsables obéissaient sans broncher aux ordres venus d’en-haut, même s’ils savaient qu’ils couraient à l’échec. Des critiques pouvaient les faire exclure du Parti, les faire condamner, voire pire.

 

  • En voyant que l’immense marché de l’Union Soviétique s’ouvre à eux, les Américains augmentent évidemment leurs prix. Les Soviétiques se rabattent alors encore plus sur leur production propre, de moindre qualité, et la productivité s’effondre. La différence est nette : le maïs américain planté en Ukraine, en Moldavie, et dans le Caucase nord donne de bien meilleurs résultats.

  • Si la sécheresse de 1963 mit définitivement fin au projet, Khrouchtchëv écrivit plus tard, dans ses Mémoires, que « si l’expérience du maïs ne fut pas très concluante, c’est parce que des officiels trop enthousiastes, voulant me plaire, avaient trop planté sans préparer correctement les sols et, en conséquence, le maïs fut discrédité, tout comme moi. »  Ou … comment rejeter la faute sur les autres !

Trop tard pour convaincre …

Et après ?

L’épopée du maïs soviétique a pris fin le 14 octobre 1964, quand le pouvoir fut retiré à Krouchtchëv. De nombreuses réformes furent annulées après sa destitution, mais de nouveaux instituts et écoles d’agriculture virent par contre le jour sur le terrain, à l’extérieur des grandes villes. Dans le domaine agricole, le maïs était devenu très impopulaire et sa plantation tomba à son plus bas niveau de l’après-guerre. Il était presque entièrement retiré des terres arables du pays, même dans les zones où il avait toujours été cultivé avec succès.

Dans les années 1970, le maïs n’etait cultivé que dans le Caucase nord et en Ukraine. Les problèmes fondamentaux de l’agriculture soviétique que Krouchtchëv avaient essayés de résoudre persistaient. Brejnev et ses successeurs, eux aussi, durent se résoudre à acheter des céréales à l’Occident pour éviter pénuries et famines.

Récolte de maïs, Ukraine (1973)

Dans les années 80-90, la culture du maïs reprit en Moyenne-Volga, dans le sud de l’Oural, et dans certaines régions de l’Extrême-Orient. On en cultive aussi un peu dans le sud de Moscou. Mais, comme l’affirmait Iouri Loujkov en 2008, « si seulement, en Russie, on pouvait produire des variétés de maïs à haut rendement, la Russie retrouverait non seulement des céréales, mais aussi de la viande et du lait. »

Début octobre 2013, le ministre de l’agriculture déclara même : »Nikita Khrouchtchëv avait raison. Il ne faut pas, bien sûr, planter du maïs dans tout le pays, mais cultiver du maïs serait beaucoup plus rentable et utile, et cela augmenterait la productivité des races à viande et des races laitières. »

Soixante ans après le début de l’épopée du maïs, le gouvernement russe appelle donc les agriculteurs à prêter attention à cette culture céréalière. De là à réhabiliter Nikita Khrouchtchëv …

 


En 2014, la surface des terres cultivées consacrées au maïs en grains était de 2,6 millions d’ hectares pour la Russie, 1,8 pour la France, et 33,6 pour les Etats-Unis.

Toujours en 2014, la production de maïs s’élevait à 11 millions de tonnes pour la Russie, 18,5 pour la France, et 361 pour les Etats-Unis.

Quant à la productivité, on relevait un rendement de 4,3 tonnes par hectare en Russie, 10 en France, et 10,7 aux Etats-Unis.

(chiffres source FAOSTAT)


Annexes

« Regardez, nous avons des murs de maïs ! »

Commentaires (10):

  1. Aglaé

    12 avril 2018 à 15 h 41 min

    Je me demande toujours où tu trouves l’inspiration pour nous dégoter des sujets à la fois aussi intéressants et ludiques ! On apprend toujours des tas de choses merci et surtout à très vite pour le prochain article ! 😉

    Répondre
    • Marion

      12 avril 2018 à 18 h 13 min

      Ah ! Mais c’est que la Russie est un grand pays, avec une grande culture …. qui me donne une grande inspiration !!! 😂😂
      Merci beaucoup Aglaé, ton enthousiasme me touche ! Prochain article …demain, vendredi ! Surprise 😉

      Répondre
  2. Patricia

    9 avril 2018 à 8 h 44 min

    Comme toujours on apprend tellement de choses avec tes magnifiques articles Marion! Merci!

    Répondre
    • Marion

      9 avril 2018 à 13 h 22 min

      Merci pour ta fidélité et tes compliments, Patricia, c’est gentil !

      Répondre
  3. Claire M

    7 avril 2018 à 12 h 44 min

    Un grand merci pour toutes vos chroniques. Elles sont passionnantes et votre écriture est agréable à lire. Et toujours des super illustrations ! Merci !

    Répondre
    • Marion

      7 avril 2018 à 21 h 45 min

      Merci beaucoup Claire, c’est vraiment gentil ! Je suis contente de lire votre message si plein de reconnaissance ! Cela fait vraiment plaisir, merci.

      Répondre
  4. Philippe

    7 avril 2018 à 11 h 38 min

    Félicitations Marion,cet article est très intéressant , et parfaitement illustré

    Répondre
    • Marion

      7 avril 2018 à 21 h 40 min

      Merci Philippe, c’est sympa ! J’avoue que la recherche d’illustrations me prend beaucoup de temps pour affiner mon article au mieux … du coup, j’apprécie d’autant plus ces félicitations !! Merci !

      Répondre
  5. Florence B

    6 avril 2018 à 22 h 40 min

    Merci Marion! Quel travail! Article très intéressant….

    Répondre
    • Marion

      7 avril 2018 à 21 h 34 min

      Disons que c’est une sacrée aventure dans laquelle il s’est lancé tête baissée … et que ces décisions démesurées sont toujours fascinantes ! Merci Florence. Bizz

      Répondre

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