42- Le fantastique Cavalier de Bronze

 

« Sous un blême rayon de lune, […], le cavalier de bronze est à ses trousses dans une chevauchée retentissante. Et toute la nuit, où que l’insensé dirige ses pas, derrière lui, partout, le cavalier de bronze est là qui le poursuit de ses pesantes foulées. »

Il est, au coeur de Saint-Pétersbourg, une célèbre statue qu’il faut approcher prudemment, avec ces quelques vers d’Alexandre Pouchkine bien en tête. Symbole de la ville et fierté de ses habitants, le Cavalier de Bronze recèle en lui une dimension fantastique qui suscite la curiosité, nourrit votre intérêt et impose le respect. De conception exceptionnelle, le Cavalier de Bronze n’est pas une statue comme les autres … Observez, admirez, mais gardez-vous de l’offenser, au risque de voir le Cavalier vous pourchasser comme le pauvre Evguéni de Pouchkine ! Vous voilà prévenus !

Une statue modelée par tant de ténacité

La volonté de Catherine II

Catherine II dans les années 1780

C’est l’impératrice Catherine II (1729-1796) qui décida elle-même de faire ériger une statue grandiose au fondateur de Saint-Pétersbourg, le tsar Pierre-le-Grand (ville fondée en 1703). Elle lui a même sacrifié la place choisie à l’avance pour sa propre statue, la vaste Place du Sénat, dans le centre-ville, au bord de la Niéva (actuelle Place des Décembristes).

Le Cavalier de Bronze devant la Niéva, au fond la Cathédrale Saint-Isaac, à droite le Sénat. (1840)

L’impératrice a longuement réfléchi sur le choix du sculpteur pour cette oeuvre importante. En 1766, sur le conseil de son ami Denis Diderot, elle accepta de recevoir le grand artiste français Etienne Maurice Falconet (1716-1791) à la Cour de Russie.

La ténacité de Falconet

Buste d’Etienne Maurice Falconet, par Marie-Anne Collot

Avant de se mettre immédiatement au travail, Falconet voulut comprendre le règne et la personnalité de Pierre-le-Grand. Il travailla scrupuleusement et sans hâte, conscient de l’importance de sa tâche. Il se plongea dans l’étude de documents historiques volumineux, cherchant avant tout à bien définir son oeuvre pour en livrer une version très personnelle. Au lieu d’une statue traditionnelle d’empereur ou de tsar portant les symboles du pouvoir (sceptre et couronne, par exemple), Falconet choisit de représenter Pierre Ier de façon héroïque, en mouvement, sous les traits d’un cavalier dynamique monté sur un cheval cabré, au bord d’un précipice. A l’époque, la photographie n’existant pas, des officiers de la Garde devaient venir faire cabrer leurs montures sous les yeux du sculpteur pour lui servir de modèles vivants. Son travail minutieux, de recherche et de création, lui prit douze ans, et fut une réussite totale.

Le fier cavalier est drapé dans une vaste toge, la tête ceinte d’une couronne de lauriers. Rien n’évoque le tsar « autocrate de toutes les Russies ». Falconet expliqua lui-même son choix, justifiant cette simplicité, peu ordinaire pour les statues de l’époque, par ces quelques mots : « Le monument sera simple. Je me bornerai à faire la statue d’un héros, sans chercher à représenter le grand capitaine et le triomphateur qu’il fut en réalité. Bien plus noble est la personnalité du créateur, du législateur … » Cette puissante envolée, et le geste impérieux de la main du tsar, bras droit tendu vers les eaux de la Niéva, campe l’empereur en grand homme d’Etat réformateur. Le serpent piétiné par son cheval symbolise tous les obstacles qui se dressaient en vain contre ses réformes.

Le talent de Marie-Anne Collot (1748-1821)

Marie-Anne Collot

La tête de la statue de Pierre Ier est l’oeuvre de l’élève de Falconet, Marie-Anne Collot, qui accompagna son maître à Saint-Pétersbourg en 1766. Extrêmement douée et âgée de seulement 18 ans, elle fit l’admiration de Catherine II. Pour lui permettre de réaliser son travail, et pour contrer l’avis récalcitrant de Betski, son orgueilleux Ministre des Beaux-Arts, l’impératrice ordonna par décret l’élection de la jeune fille à l’Académie des Beaux-Arts et lui attribua une pension à vie. C’est ainsi que Marie-Anne Collot devint, à 19 ans, la première femme de l’Académie des Beaux-Arts de Russie … Elle reçut le surnom de « MademoiselleVictoire » de la part de Diderot !

Le visage de la statue fut modelé d’après le masque mortuaire de l’empereur et des portraits trouvés à Saint-Petersbourg. La difficulté résidait en l’expression à donner à ce visage : le regard lointain, tourné vers la Niéva, traduit à la perfection l’air magistral et serein que voulait transmettre Falconet.

Le chef-d’œuvre accompli

La main droite levée fut copiée sur une main en bronze d’une statue romaine, trouvée en Hollande.

Le serpent est l’oeuvre du sculpteur russe Fiodor Gordeïev, qui dirigea également, plus tard, l’installation du monument.

La statue de 6 mètres de haut fut fondue en 1775 chez le fondeur Iémélian Khaïlov, en deux fois, le moule ayant cassé à la première coulée. Elle fut achevée en 1777.

(1905)

Le Cavalier de Bronze repose sur un impressionnant piédestal de granit, de 7 mètres de haut, dont l’histoire relève d’un véritable exploit ….

La « Pierre-Tonnerre »

Initialement, Eugène Falconet pensait réaliser le piédestal en scellant de gros blocs de pierre entre eux, tout en appréhendant un vieillissement inévitable et néfaste des liens en fer ou en cuivre au fil du temps. L’idéal serait d’avoir un seul bloc de granit … L’appel est lancé. Victoire ! En 1768, un paysan signale à Falconet la présence d’un rocher énorme, dans un marais, près de Lakhta, à 6 km environ à l’intérieur des terres du Golfe de Finlande.

La légende locale voulait que ce bloc provienne de l’action de la foudre : d’où son nom de « Гром-Камень », « Pierre-Tonnerre ». Tous, sans exception, furent subjugués par ce rocher de 1 500 tonnes. On ne pouvait rêver mieux ! Enterré aux 2/3 dans un lieu marécageux, le bloc était très difficile d’accès et, avant même d’envisager de le transporter, Falconet décida de le travailler sur place. Il affronta immédiatement un violent refus de Catherine II qui, impérieuse (et capricieuse ?), ordonna par décret de d’abord le déplacer… Il fallut alors faire face à un incroyable défi technique : comment transporter le bloc jusqu’au Golfe de Finlande et, de là, par bateau, jusqu’à la ville ?

Marinos Carburi, l’homme de la situation

Marinos Carburi (1729-1782) était un brillant ingénieur d’origine grec qui s’exila volontairement en Russie, alors qu’il était impliqué dans un procès criminel à Venise. Homme à la personnalité trouble, il devint officier dans l’armée de Catherine de Russie sous le nom d’emprunt du « Chevalier de Lascary ». Il proposa ses services pour mener à bien le transport de la « Pierre-Tonnerre » et fut désigné par l’Impératrice.

Sachez que ce monolithe de granit, à l’origine de 7m de haut, 14m de long, et 9m de large, pesant 1 500 tonnes, représente la masse la plus considérable que les hommes n’ont jamais transportée.

Dégager le monolithe

La première étape consistait à dégager le bloc enseveli aux 2/3, et les travaux commencèrent immédiatement.

En mars 1769, le monolithe fut dégagé, soulevé et renversé grâce à d’ingénieux systèmes de leviers, de grues et de palans.

Le transport terrestre

Le transport eut ensuite lieu en hiver, afin de profiter des sols gelés et durs. Il fallut tracer le chemin au fur et à mesure. Les marais étaient progressivement débarrassés de leur végétation et de la neige qui les recouvrait (pour leur permettre de geler en profondeur), renforcés par endroits d’énormes pilotis, comblés de pierres et de débris au besoin. Un travail titanesque était lancé. Près de 400 hommes étaient à la tâche quotidiennement, dans des conditions extrêmement difficiles. Aucun animal ne fut utilisé dans tout ce projet.

Carduri conçut un incroyable système pour déplacer le bloc, à base de sphères en bronze mobiles, de 13,5cm de diamètre, placées dans les rainures de rails en bois, appliquant le principe du roulement à billes.

Les rails de 100m de long sont constamment déplacés et replacés plus en avant. Le bloc avance d’environ 150m par jour, sur terrain plat. Mais lorsque la progression en ligne droite s’avère impossible, on utilise un dispositif spécial pour changer de direction : une sorte de plateau circulaire pour faire pivoter les extrémités du monolithe. Six changements de direction seront ainsi effectués !

Le transport de la Pierre-Tonnerre / gravure de Y.M. Felten (1770)

Cette solution efficace força l’admiration de tous. Le 30 janvier, l’Impératrice en personne vint observer les manoeuvres et constater l’avancement de la Pierre-Tonnerre. Très impressionnée, elle fit créer une médaille vantant l’audace du projet, preuve de reconnaissance plus que méritée pour Carburi !

Tout au long du trajet, des tailleurs de pierre s’activaient sur le monolithe, conformément au souhait premier de Falconet …

Le fameux bloc de pierre arriva au bord du Golfe de Finlande le 27 mars 1770, au bout de 4 mois d’effort sans limite et 9km parcourus au final. Carburi, ayant achevé la mission du transport terrestre qui lui avait été confiée, passa la main à un autre ingénieur chargé du transport maritime.

Le transport par bateau

A priori plus facile, ce transport commença par un véritable fiasco. La grande barge construite spécialement pour l’occasion fut immergée comme prévue, et l’on chargea le monolithe dessus. Au moment de renflouer la barge, elle se plia en deux, le centre alourdi restant désespérément sous l’eau ! Carburi fut alors rappelé de toute urgence pour sauver la situation. Il prit finalement en main toutes les opérations de ce nouveau transport.

Deux grands navires de guerre, placés de chaque côté, servaient à stabiliser la barge. Les 13 km de parcours maritime se passèrent sans encombre, en un mois.

Le déchargement de la Pierre-Tonnerre

Le débarquement devant la Place du Sénat fut un ultime défi à relever pour Carburi et ses hommes : à cet endroit, la Niéva était trop profonde pour immerger à nouveau la barge afin de la stabiliser. Il fallut alors installer de gros pilotis sur lesquels la faire reposer. Le succès fut total. Le monolithe de 1500 tonnes arriva à destination en près de 6 mois de transport, après avoir parcouru une distance de 22 km.

Arrivée de la Pierre-Tonnerre sur la Place du Sénat

Un travail d’équipe

Au-delà de son ingéniosité et de sa ténacité, Carburi puisa sa réussite dans l’excellente relation qu’il entretînt avec ses hommes. Très admiratif de la force de caractère et du courage des Russes, il était bien conscient de la difficulté de leurs conditions de travail et se souciait constamment de les améliorer. Le lien de confiance qu’il établit avec eux joua un rôle capital dans la réussite de ce projet finalement collectif.

L’inauguration de la statue du Cavalier de Bronze

Le monolithe termina d’être soigneusement travaillé et taillé sur place pour servir de magnifique piédestal au Cavalier de Bronze. La statue, coulée en 1777, n’y fut installée que plus tard, Catherine II souhaitant l’inaugurer à l’occasion du Centenaire de l’accession au trône du tsar Pierre Ier, dit Pierre-le-Grand.

La grande fête eut lieu le 7 août 1782, au coeur de la capitale, devant une foule curieuse venue en nombre. Chacun retint son souffle lorsque les palissades de bois qui cachaient la statue s’effondrèrent avec fracas, livrant aux yeux de tous un monument incroyablement unique et grandiose, dressé à la gloire du fondateur de Saint-Pétersbourg et du « Tsar de toutes les Russies ». Musique, danses, et spectacles animèrent l’évènement jusque tard dans la nuit.

Il est à noter que ni Falconet, ni Carburi n’assistèrent aux festivités. Découragé par les inimitiés et les critiques sévères de Betski, impérieux et fier Ministre des Beaux-Arts, Falconet, réputé par ailleurs indépendant et d’humeur peu accommodante, rentra en conflit avec Catherine II et tomba en disgrâce. Il quitta la Russie en 1778, et n’y revint jamais. L’impératrice lui fit cependant envoyer à Paris une médaille commémorative en or avec l’effigie du Cavalier de Bronze : très ému, Falconet réalisa alors que ce magnifique monument était l’oeuvre de sa vie.

Quant à Carburi, son passé trouble le rattrapa. De retour au pays, ses vieux démons réapparurent : sa vie privée peu vertueuse et sa soif démesurée d’enrichissement personnel causèrent sa perte. Il fut assassiné le 19 avril 1782, moins de trois mois avant l’inauguration de la statue pour laquelle il avait accompli ce fantastique exploit.

(1913)

Catherine fit inscrire sa propre dédicace sur le piédestal du Cavalier de Bronze : « A Pierre Premier – Catherine Seconde – An 1782 », en russe d’un côté, en latin de l’autre.

(1911)

La signature de Falconet est, elle, très discrètement gravée dans un pli de la tunique du tsar.

« Le Cavalier d’Airain » (« Медный Всадник ») d’Alexandre Pouchkine

Le célèbre poème narratif en vers, que Pouchkine (1799-1837) composa en 1833, lui fut inspiré par la grande crue de 1824 et la fameuse statue équestre de Pierre-le-Grand. C’est ce magnifique poème qui donna véritablement son nom à l’oeuvre de Falconet, dès sa publication en 1837 (quelques mois après la mort de Pouchkine au cours d’un duel, avec le baron français d’Anthès).

Alexandre Pouchkine

On notera que le titre de ce poème narratif est souvent traduit, en français, par « le Cavalier d’Airain », forme littéraire du mot « bronze » qu’utilise Pouchkine en russe (медь / бронза). On parle donc du Cavalier de Bronze comme du Cavalier d’Airain pour nommer cette statue, qui reçut une telle dimension littéraire. Le poème de Pouchkine est considéré comme une pièce majeure de la littérature russe.

Le poème

Le poème débute par un prologue où Pouchkine rend hommage à Pierre-le-Grand, fondateur de Saint-Pétersbourg en 1703, et déclare tout son amour passionné à cette ville, « oeuvre de Pierre », ville au mille splendeurs.

Née de la volonté du tsar d’ « ouvrir une fenêtre sur l’Europe » et de créer une place-forte contre l’ennemi de toujours, la Suède, cette nouvelle capitale assure donc, dès son origine, un rôle ambivalent, entre ouverture sur l’Europe et avant-poste défensif. Véritable défi à la nature, la ville est construite sur le delta marécageux de la Niéva, et souffre d’un climat difficile, venteux et humide. Sa construction se fit au prix de tant de vies humaines … Surnommée la « Venise du Nord », la ville s’impose, dès la fin du 18ème siècle, comme une puissance tant politique et militaire que culturelle. On dit souvent qu’ occidentaliste, elle était la « tête » de la Russie, alors que Moscou, slavophile, en était le « coeur » …

Les deux parties suivantes sont constituées d’un conte fantastique se déroulant lors d’une terrible crue de la Niéva. Pouchkine y rapporte les tourments du pauvre Evguéni, témoin impuissant du désastre monstrueux qui lui ravit sa bien-aimée. Gagné par la folie du désespoir, Evguéni se met à maudire la statue de Pierre-le-Grand, reprochant avec fureur au tsar d’avoir fondé sa ville dans un endroit terriblement hostile qui cause le malheur des pauvres hommes. Le Cavalier d’Airain s’anime alors et se lance à la poursuite de Evguéni dans toute la ville. Le poème se termine tristement, le corps du malheureux flottant inanimé au bord du fleuve ….

Illustration d’Alexandre Benois (1903)

Une ambiguïté très habile

Avec habileté et finesse, Pouchkine donne toute la force à son poème : il aborde le thème du conflit entre les besoins de l’Etat et ceux de l’homme ordinaire, mais sans jamais prendre parti ! Soutient-il le tsar ou Evguéni ? Les critiques se partagent. Cette ambiguïté donne une puissance inouïe à cette oeuvre, surtout lorsque l’on sait combien Pouchkine, de son vivant, a pu souffrir de la censure ! Pour l’avoir éprouvé concrètement, le côté insensé et désespéré de toute résistance à l’autocratie des tsars était bien connu de Pouchkine. C’est un thème récurrent dans ses oeuvres. Mais, simultanément, il acceptait aussi avec loyauté l’idée que le destin de la Russie s’écrivait avec des monarques puissants et autoritaires. Aristocrate et patriote, partagé constamment entre hostilité, loyauté, et fatalité, Alexandre Pouchkine livre dans Le Cavalier d’Airain une puissante et fantastique métaphore du chaos intérieur et permanent qui l’animait. Une œuvre fondamentale à découvrir absolument !

En voici la traduction (en prose) qu’en fit, avec brio, J.Chuzeville en 1947.

https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Pouchkine_-_Le_Cavalier_de_bronze.pdf

Illustration d’Alexandre Benois (1903)

Sachez que Staline aimait à se comparer au Cavalier d’Airain de Pouchkine … tout en utilisant allègrement le poème pour dénoncer l’autocratie des tsars de l’Ancien Temps ! Quant à la statue elle-même, on la retrouvera mentionnée dans les oeuvres de nombreux écrivains comme Gogol, Dostoïevski, Biéli, Akhmatova, …

Le Cavalier de Bronze, source d’inspiration éternelle

Le protecteur de la ville à jamais

La Suède réplique

Lorsque la statue de Pierre Ier fut inaugurée en grandes pompes en 1782, la main levée de l’empereur suscita plusieurs interprétations. Main levée pour dompter les flots impétueux de la Niéva, main apaisante du chef protecteur …. ou encore main tendue en direction de l’ennemi de toujours : la Suède ! Cette provocation ne pouvait rester sans réponse au-delà du Golfe de Finlande. En 1868, une statue en bronze de leur roi Charles XII prit place au centre de Stockholm. L’épée dans la main droite et le doigt tendu vers la Russie, le roi lance sa réplique à l’ennemi historique ! Un défi désormais figé dans du bronze …

La Seconde Guerre mondiale

A l’annonce de la menace nazie, la population de Léningrad (nom donné en 1924) s’est mobilisée pour protéger le patrimoine de la ville, et notamment le Cavalier de Bronze. Il fut recouvert de sacs de sable et d’un sarcophage en bois imposant. Cette protection efficace permit de lui épargner tout dommage, après pourtant 900 jours de siège (du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944) et des périodes de pilonnage intenses.

(août 1941)

Si le Cavalier de Bronze avait toujours été considéré comme le protecteur symbolique de la ville, cette croyance fut renforcée pendant la guerre : tant que le Cavalier de Bronze se dresserait vaillamment, l’ennemi resterait invaincu. La résistance de Léningrad, incroyablement courageuse et forte, confirma cette espérance. A la fin de la guerre, lorsque le Cavalier de Bronze revit le jour, quelqu’un dessina sur la poitrine de Pierre-le-Grand une médaille portant la dédicace suivante : « Pour la défense de Léningrad ». Elle fut laissée intacte pendant longtemps, signe d’une reconnaissance d’une ville à son héros.

Le Cavalier de Bronze, est désormais toujours considéré comme le protecteur absolu, éternel veilleur au bord de la Niéva, investi d’une mission de confiance à jamais …

Une source d’inspiration artistique inépuisable

  • En 1903, l’artiste Alexandre Benois publia une édition du poème de Pouchkine avec ses illustrations. Le succès fut immense. Elle est considérée comme un chef-d’œuvre de l’Art Nouveau.

Illustration d’Alexandre Benois (1903)

  • En 1926, Nikolaï Myaskovski composa sa Symphonie n°10, inspirée par le Cavalier d’Airain, et Reinhold Glière écrivit la chorégraphie d’un ballet, dont la Première eut lieu le 14 mars 1949 sur la scène du théâtre Kirov.

  • Dans les années 1960, le Cavalier de Bronze a été choisi pour être l’emblème des studios de cinéma Lenfilm. Le logo fit son apparition dans les salles en 1965 et devint vite très célèbre. Il est toujours d’actualité.

  • Le Cavalier d’Airain, éternel emblème et protecteur de la ville, est bien sûr célébré dans les paroles de l’hymne de Saint-Petersbourg. (lien en annexe)

Si un jour, par chance, vos pas vous mènent au pied du Cavalier d’Airain, prenez le temps de mesurer la charge historique et culturelle de ce monument, et, peu à peu, emporté(e) par Pouchkine, laissez-vous gagner par sa dimension fantastique. Mais alors, méfiance ! Ne vous y attardez pas en soirée … Une légende court et raconte que le beau Cavalier reprend vie chaque nuit et effraie les passants tardifs. Une seule solution pour le défier : la période des Nuits Blanches, de début juin à mi-juillet !

V.I. Sourikov (1848-1916) / Le Cavalier de Bronze (1870)

 



Annexes :

  • La statue équestre de Louis XIV, située Place des Victoires à Paris, fut inaugurée le 15 août 1822. Elle est l’oeuvre du sculpteur François Joseph Bosio, qui s’inspira beaucoup du Cavalier de Bronze de Falconet.

 

  • Texte original du Cavalier d’Airain, d’Alexandre Pouchkine, en russe :

https://ilibrary.ru/text/451/p.1/index.html

  • Lien pour la Symphonie N°10 de Nikolaï Myaskovski

https://youtu.be/q6j5FMCIvvQ

  • Lien pour écouter l’hymne officiel de Saint-Petersbourg. Sous-titrage en russe ET en anglais (en cliquant sur le petit rectangle blanc avec des lignes, symbole à droite, en bas de l’image)

https://youtu.be/pm88LU5TqRA

Commentaires (6):

  1. Bergerand

    30 octobre 2018 à 20 h 42 min

    Une nouvelle visite de St Pet s’impose… merci Marion, c’est passionnant. Florence B

    Répondre
    • Marion

      31 octobre 2018 à 8 h 13 min

      Et voilà !! J’ai réussi à te donner envie de revenir explorer la Russie !!! Reviens, Florence, reviens … 😉

      Répondre
  2. Philippe

    27 octobre 2018 à 22 h 24 min

    Cet article est passionnant, chère Marion.
    On peut préciser que la statue equestre ne peut tenir debout que parce que la queue du cheval la retient sur le sol.
    A défaut , le centre de gravité et le poids la ferait basculer vers l’avant.
    L’architecte était un véritable génie. Merci de lui avoir rendu hommage.

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    • Marion

      28 octobre 2018 à 6 h 36 min

      Merci, Philippe, pour cette excellente remarque ! Changer les points d’appui fut en effet une grande nouveauté à l’époque. Il fallait oser !! Et Falconet l’a fait … Cette statue équestre est définitivement un concentré de technique, de génie, et d’obstination !!

      Répondre
  3. Michèle Binh

    27 octobre 2018 à 9 h 41 min

    Au pied même de cet exploit de bronze et de pierre, on ne nous donne pas autant d’explications… Un grand merci Marion, pour cet article comme toujours très documenté, bien illustré et qu’on lit avec beaucoup d’intérêt !

    Répondre
    • Marion

      27 octobre 2018 à 10 h 06 min

      Merci beaucoup, Michèle, pour tant de reconnaissance ! Etonnante histoire, effectivement, pour ce si beau cavalier!

      Répondre

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